• Aimer son prochain comme soi-même ?

    Que signifie au juste « aimer son prochain comme soi-même » ? Peut-on commander d’aimer ? Et d’aimer autant les autres que soi-même ? N’est-ce pas un peu trop demander ? Avec la double paracha, les sidrot Aharei Mot et Kedochim, nous sommes au cœur du Lévitique, au beau milieu de la Tora toute entière. Si le terme n’avait pas une résonance sinistre, je dirais volontiers que nous nous situons à un pic.

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  • Dracha de Rivon Krygier, 26 juin 2020

    L’insurrection de Corah et de son parti contre Moïse et Aaron, telle qu’elle est contée dans notre paracha, est devenue pour la tradition juive l’exemple-type d’une conspiration menée pour des motifs pernicieux contre la Tora et l’ordre hiérarchique qu’elle instaure. Dans les Maximes des Pères (5:17), la contestation déclenchée par la bande à Corah, si l’on peut nommer ainsi cette coalition hétéroclite, est qualifiée de polémique mal-intentionnée ou bassement intéressée, en hébreu : Mahlokèt che-eina le-chèm chamaïm
    ושאינה לשם שמים זו מחלוקת קרח וכל עדתו:

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  • Dracha de Rivon Krygier, 19 juin 2020 / 28 Sivan 5780

     

    Quand on demande au novice quelle faute si grave de la génération des Hébreux sortie d’Égypte leur aura valu l’errance dans le désert quarante ans durant, la réponse la plus courante est : la faute du veau d’or (en hébreu : hèt ha-êgel). C’est faire l’impasse sur la paracha de cette semaine, Chelah lekha qui met en scène une autre faute jugée également par la Tora comme extrêmement grave, celle dite des explorateurs (en hébreu : hèt ha-meraglim). C’est cette dernière et non celle du veau d’or, qui induit l’errance des 40 ans, jusqu’à ce que périsse la génération des adultes sortis d’Égypte (au-delà de l’âge de 20 ans, cf. Nb 14,29). Nous allons voir toutefois que la confusion entre les deux épisodes s’explique par certaines similitudes.

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  • Dracha de Rivon Krygier, 12 juin 2020

    Dans la paracha Behaalotekha (« En t’élevant… »), se trouve un verset bien étrange, non tant par son contenu que par la place qu’il occupe dans le récit. Dans l’affaire de la médisance d’Aaron et Myriam envers Moïse (à propos de la femme noire qu’il a épousée), le verset rapporte que « Dieu entendit (leur commérage) : Va-yichemâ Ha-Chèm ».

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  • Dracha de Rivon Krygier, 5 juin 2020

    Suffoquer lentement jusqu’à la mort sous le poids du genou d’un policier… C’est ce qui est arrivé à George Floyd à la suite d’une interpellation à Minneapolis (Minnesota), le 25 mai 2020. Aux quatre coins de l’Amérique et ensuite en bien d’autres villes de la planète, l’indignation a gagné les cœurs, soulevé de vives protestations jusqu’à des manifestations incontrôlées de violence.

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  • Dracha de Rivon Krygier - 22 mai 2020

    La paracha Be-midbar, s’ouvre sur un large recensement de la population, tribu par tribu. Il ressemble à s’y méprendre à celui qui est décrit en Exode 38, opéré quelques mois plus tôt. On y apprend ici et là (Nb 1,46 et Ex 38,26) que le nombre des fils d’Israël était très précisément de 603.550. Au sortir de l’Égypte, soit un an plus tôt, un verset (Ex 12,37) indique qu’ils étaient autour de 600.000כְּשֵׁשׁ מֵאוֹת אֶלֶף  et, à la fin des 40 ans d’errance, peu avant la conquête de la terre d’Israël, lors d’un dernier recensement, ils sont au nombre de 601.730 (Nb 26,51).

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  • Commentaire de la paracha Be-har, be-Hooukotaï, par Rivon Krygier, 15 mai 2020

    Le 6 mai dernier disparaissait une des grandes figures du sionisme religieux en Israël et j’aimerais lui rendre hommage. Le Rav Nahum Eliézer Rabinovitch a été le directeur, 32 ans durant, de la Yeshivat-hesder de Maalé Adoumim. Brillant savant de la Tora, il était également titulaire d’un doctorat en mathématiques de l’université de Montréal.

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  • Commentaire de la paracha Émor, par Rivon Krygier

    Dans notre paracha Émor, parmi les règles étranges attachées au Temple, nous pouvons lire les versets suivants :

    [16] L'Éternel demanda à Moïse de dire à Aaron : אִישׁ מִזַּרְעֲךָ לְדֹרֹתָם אֲשֶׁר יִהְיֶה בוֹ מוּם לֹא יִקְרַב לְהַקְרִיב לֶחֶם אֱלֹהָיו:  :Tout homme de ta postérité qui aura un défaut corporel, ne s'approchera point pour faire l’offrande de pain à son Dieu. …[18] un homme aveugle, boiteux, עִוֵּר אוֹ פִסֵּחַ  … [19] un homme ayant une fracture au pied ou à la main ; [20] un homme bossu, etc. (Lv 21,16-20).

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  • Dracha de Rivon Krygier

    Que recouvre l’exigence biblique de « pureté » ? L’impureté est-elle une maladie, une faute ?  Un commentaire sur la double paracha Tazria-Metsorâ par Rivon Krygier

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  • Chabbat Vayikra - La dracha de Rivon Krygier

    Nous abordons dans le cycle de lecture de la Tora le livre du Lévitique, Va-yikra. C’est probablement le plus difficile du Pentateuque tant il est technique et procédural. On énumère en détail le fonctionnement du Tabernacle, l’activité sacrée du Temple, dans tous ses fastidieux détails. Mais il n’en est pas moins chargé de sens, autant que nous parvenons à en puiser.

    A l’approche imminente du Seder de Pèssah, je voudrais vous parler du premier rite qui inaugure le Seder et qui n’est pas sans rapport avec le Temple puisqu’il s’agit d’un rite de purification. Je veux parler de la Netilat yadaïm, l’ablution des mains.

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  • Les bénédictions pour la communauté et la dracha du rabbin Rivon Krygier (en vidéo)

    La crise sanitaire très grave que nous traversons nous oblige à ne pas nous retrouver physiquement dans un même lieu pour une période dont nous ne savons pas encore combien de temps elle durerera. Elle ne nous empêche pas, en revanche, de rester en contact, de veiller sur celles et ceux qui sont les plus fragiles, de continuer à réfléchir, à étudier ensemble, de cultiver de manière inédite tous les liens forts qui nous unissent personnellement et collectivement.

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  • Dracha du rabbin Rivon Krygier

    Chers amis

    Aline, notre présidente, dans sa belle dracha, a mis en exergue la leçon de la brisure des Tables de la Loi dans la paracha Ki Tissa. Elle cite Yeshayahou Leibovitz qui insiste sur le fait que les Tables « œuvre de Dieu » sur lesquelles « l’écriture divine se trouve gravée » ont néanmoins été brisées par Moïse quand il découvrit le comportement du Peuple. Et d’en conclure fort justement que « les Tables ne sont pas saintes en elles-mêmes mais par la façon dont nous les respectons et aussi par la manière dont nous nous les approprions. »

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  • Par le rabbin Rivon Krygier

    Chers amis, chers Juifs de Kippour !

    Ah oui, je le confesse, un rabbin peut faire mieux pour commencer son discours le plus solennel de l’année que de cataloguer son public en « juifs de Kippour ». Comme on le sait, le terme est quelque peu dépréciatif, on l’assigne à ceux qui n’ont quasi plus rien de la pratique juive, voire de l’identité juive tout court et qui ne gardent plus que ce vague atavisme, cette vieille tradition familiale qui consiste à faire acte de présence à la synagogue pendant une heure ou deux en ce jour sacré de pardon. Mais je promets de tenter de me rattraper et d’obtenir dans ce qui va suivre votre miséricorde ! Dans son roman autobiographique, Enfance berlinoise vers 1900, le fameux penseur et écrivain, Walter Benjamin relate, comment jeune adolescent, ses parents l’avaient casé pour le nouvel an juif chez un parent éloigné qu’il devait rejoindre dans une synagogue inconnue et comment il se perd dans les rues de Berlin, tant il est peu enclin à parvenir à destination. Plutôt que de devoir s’adonner à des rites qui parlaient si peu à son cœur et à son esprit, il préfère s’égarer avec une sorte d’euphorie, et rompre avec ce monde traditionnel qui lui semble superficiel et désuet, au regard de son appétence de jeunesse pour le grand monde…

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  • Par le rabbin Rivon Krygier

    Selon un propos bien connu de Emmanuel Lévinas :

    S’interroger sur son identité, c’est déjà l’avoir perdue. … Mais c’est encore s’y tenir, sans quoi on éviterait l’interrogatoire ! Entre ce déjà et cet encore, se dessine la limite, tendu comme ne corde raide sur laquelle s’aventure et se risque le judaïsme des Juifs occidentaux (Difficile liberté, Albin Michel, Paris, 1963, rééd. Poche, p. 78).

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  • Dracha de Kippour 5778 par le rabbin Rivon Krygier

    Une petite blague juive pour s’échauffer les esprits avant d’attaquer les sujets graves. Un rabbin, de Habad, serre la main à la fin de l’office de Kol Nidré aux fidèles, puis s’arrête sur l’un d’entre eux et lui dit : Tu es un bon juif, tu ne crois pas que tu devrais t’impliquer davantage dans les offices ? Viens donc rejoindre l’armée de Dieu ! – Mais, rabbi, je suis déjà dans l’armée de Dieu. – Dans ce cas, dis-moi pourquoi je ne te vois jamais, si ce n’est à l’office de Kippour ? Rabbi, lui dit-il à voix basse, je suis dans les services secrets !

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  • Dracha de Roch ha-chana 5778 par Rivon Krygier

    Je commencerai par la fin (« Tathil mi ha-sof ! » est l’expression israélienne pour dire « Va droit au but ! »…) en vous disant donc : Chana tova ! La plupart d’entre vous connaît certainement la blague juive où Mochè rencontre Chelomo et un peu pressé lui demande : Dis-moi, en un mot, comment ça va ? – Bien. Et en deux ? Pas bien ! Je serai donc, comme d’habitude, aussi concis (c’est aussi une blague juive).

    Alors cette nouvelle année : bonne ou pas bonne ?

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  • Prononcée par le rabbin Rivon Krygier le 11 octobre 2016

    Briser la glace, tel est l’enjeu de Kippour, voilà ce que je crois. Dans ce périple de 25 heures qui nous emmène au bout de nous-mêmes, nous sommes convoqués, invités à réévaluer le sens de notre vie et à lui donner une nouvelle inflexion. Il s’agit, après Roch ha-chana, temps du jugement, d’invoquer à présent le pardon mais aussi, ne l’oublions jamais, d’accorder le pardon. Si nos relations étaient jusqu’ici gelées, pétrifiées, engoncées dans le malentendu, les griefs, les blessures, c’est désormais le temps de redonner une chance, de se redonner une chance. Cela est mentalement possible dès que l’on admet – Kippour nous en persuade plus que toute autre célébration de l’année –notre vulnérabilité, notre faillibilité. Le confesser en toute honnêteté, c’est déjà franchir le premier pas pour combler les brèches.

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  • Dracha prononcée par le rabbin Rivon Krygier le 13 septembre 2015 au soir

    En cette veille de Roch ha-chana 5776, j’ai en tête la formulation de la michna qui condense tout le sens de cette fête :

    בראש השנה כל באי העולם עוברין לפניו כבני מרון שנאמר (תהלים ל"ג) היוצר יחד לבם המבין אל כל מעשיהם

    Chaque créature défile devant le Créateur, comme des cohortes/troupeaux (qui passent un à un sous la houlette du berger), ainsi qu’il est dit : « Celui qui a crée le cœur de chacun discerne la teneur de tous ses actes » (Psaumes 33) (Michna, Roch ha-chana 1:1).

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  • Prononcée par le rabbin Rivon Krygier le 2 octobre 2016

    Mes chers amis, nous avons tous en tête cette métaphore abondamment évoquée tout au long de la liturgie des Yamim ha-noraïm, les jours de gravité qui vont de Roch ha-chana à Kippour, cette image des livres célestes, ces grands registres que Dieu ouvre pour y inscrire les uns dans le livre de la vie, les autres – on le suppose du moins – dans celui de la mort, les uns dans celui de la prospérité et l’accomplissement de soi, les autres dans celui du déclin et de la déchéance…. C’est un monde figuratif, mais dépassons nos préventions rationalistes pour en entendre le sens sous-jacent. Bien évidemment, il importe de le comprendre, ces livres ne sont autres au départ que de grands miroirs, le ivre des « souvenirs », la copie strictement conforme de ceux que chaque jour, à chaque instant, nous écrivons. Ce qui va s’inscrire dans les registres de l’année nouvelle est la suite logique, la conséquence des élans que nous avons pris dans nos diverses trajectoires, l’exécution mécanique de leur programme.

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  • Dracha du rabbin Rivon Krygier

    Vous êtes venus à l’office de Kol Nidré malgré l’heure tardive et les premiers gargouillis, vous êtes venus entendre des propos encourageants et optimistes pour ce jour de Kippour ? Eh bien ce soir, vous allez être servis, dans la pure tradition… achkénaze !

  • Dracha de Rivon Krygier - Kippour 5773 (septembre 2012)

    Le rituel le plus singulier de Kippour est sans aucun doute le Vidouï, la confession directe et sans nul intermédiaire, de ce que sont nos faiblesses, nos faillites, nos complaisances pour ne pas parler de nos cupidités. En bref : un état des lieux de tout ce qui en nous est encore immaturité. Difficile de dresser un bilan détaillé…

  • Dracha du soir de kippour 5771

    J’en reviens au conte hassidique que je m’étais permis de vous soumettre à Roch ha-chana sans en livrer la moindre clef. L’auriez-vous oublié ? Je n’y songe même pas. Il méritait bien dix jours de méditation et de cogitation, jusqu’à ce soir de Kippour qui nous réunit à nouveau. Pour rappel, tout de même, le rabbin Louis Jacobs, de mémoire bénie, rapporte comment un hassid émit le vœu de pouvoir observer de son vivant ce qu’est le paradis réservé aux Tannaïm...

  • Le pays d’Israël est un pays dont l’Eternel, ton Dieu, s’enquiert ou exige sans cesse des comptes, pays sur lequel l’Eternel jette incessamment Ses regards, depuis le commencement de l’année jusqu’à la fin de l’année. Dt 11:13